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Aymeric et Christophe dans la la face Nord des Grandes Jorasses
 

>>> ETAPE 1 : «L’ENCHAINEMENT  ROYAL», mars 2006, massif du Mont Blanc
Les détails des ascensions
Christophe et Aymeric devant leur voie dans les Grandes Jorasses


Huit jours de voyage alpin
nous auront été nécessaire pour réaliser cet enchaînement hivernal de la face nord de l'Aiguille Verte (versant Nant-Blanc)parla "directissime" de l'Aiguille Sans Nom et de la face nord des Grandes Jorasses par la "directissime" de la Pointe Marguerite (1 ère répétition et 1 ère hivernale).Avec des conditions météorologiques plutôt défavorables, nous garderons à l'esprit le caractère fantastique de cette aventure. Mais aussi nous souhaitons mettre en évidence la cohésion de notre cordée, notre amitié qui, face à une décision difficile (renoncement à la troisième étape) sera restée inébranlable.

Portfolio Enchainement Royal
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Aymeric Clouet en dry tooling dans le diédre de l'Aiguille Verte
2 jours de très haute difficulté dans l’Aiguille Verte (face de 1000 m)
 


Après un départ le mardi 14 mars sur les "chapeaux de roues", nous sortons, en deux grosses journées, la "directissime" de l'Aiguille Sans Nom nous permettant d'atteindre dans la soirée du jeudi 16 mars 2006 le sommet de l'Aiguille Verte à 4122m. Adaptant nos techniques d'entraînement de dry-tooling à cette face alpine nous établissons un temps honorable pour cette ascension hivernale. La première partie de la voie (350 m), la plus difficile, se caractérise par une escalade en dry-tooling qui permet d’évoluer rapidement dans des passages techniques (6C / M9 à 3500 m).A la tombée de la nuit, nous installons un bivouac spartiate (-20°C à l’abri du vent) au milieu de la face sur une selle neigeuse, avant d’attaquer la deuxième partie en escalade mixte, mélange de glace et de rocher. Au réveil, la deuxième journée d’ascension (750 m de dénivelé) commence par une pente en glace noire sur plusieurs centaines de mètres, avant de poursuivre par une goulotte bien sèche et parfois déversante.

La sortie de la voie s’effectue par une arête verglacée au nord et plaquée de neige sur le versant sud. A cause de notre mauvaise acclimatation, l'altitude nous fait payer un lourd tribu. De plus les conditions de glace très médiocres contribuent à augmenter la fatigue. Une fois le pied du couloir Whymper atteint (voie de descente), nous creusons un trou dans la neige pour nous abriter et faire fondre la neige au milieu de la nuit ! Au lever du jour, nous rejoignons le refuge du Couvercle et le jour suivant celui de Leschaux. Les portages effectués par les amis permettent de nous refaire une santé.

3 jours de tempête dans la face nord des Grandes Jorasses (face de 850 m)
Christophe dans les longueurs mixte de l'Aiguille Verte


Le dimanche 19 mars, deux jours de repos plus tard, nous partons pour la "directissime" de l'éperon Marguerita dans la face nord des Grandes Jorasses. Nous suivons un petit groupe de Grenoblois détournés de leur projet initial pour nous faire la trace généreusement jusqu'au pied de la face. Lespremiers 500 m d'ascension s’effectuent sur un fin plaquage de glace recouvrant le granit. Après8 h d’ascension, nous rejoignons le bivouac au pied des difficultés de l'éperon nord de la pointe Marguerite. Le créneau de beau temps annoncé a été de courte durée, la neige commence à tomber…

Le lendemain, une fine couche de poudreuse recouvre les dalles supérieures, il neige toujours. La progression est difficile, après avoir "balayé" chaque mètre de progression, nous sommes contraints de grimper quasiment tout en artificiel. A 18 h, nous atteignons finalement le pied de la longueur clé :un magnifique dièdre surplombant de 50 m, fuyant en diagonale sur la gauche. Hors de question de le gravir de nuit ! Nous bivouaquons une nouvelle fois, toujours sans tente. A 10 mètres l'un de l'autre, Christophe et moi sommes respectivement assis sur un bloc de rocher et une marche neigeuse. Le repos est peu réparateur : nous n’avons réussi à faire fondre qu’un litre d'eau et les nouilles chinoises sèches sont difficiles à avaler.

Le mardi 21 mars, à 5 heures du matin, il neige toujours, il nous faut presque deux heures pour fondre deux litres d'eau. Puis nous commençons à grimper, comme nous l'avions craint le dièdre est vraiment difficile, nous avons trop peu de matériel pour l'escalader convenablement en artificielle, uniquement trois lames et un micro-coinceur. Je suis contraint de reprendre chacun des pitons plantés auparavant quelques mètres en aval :

la technique est engagée voire exposée ! Plus de 4 h me sont nécessaires pour forcer cette longueur, et l'on pourrait décerner la "Palme de la patience" à Christophe qui attend et m' encourage sous les petites coulées de neige qui le recouvrent régulièrement. Se hissant avec beaucoup de difficulté puisque j'ai enlevé la majorité des pitons de progressions, Christophe me rejoint et prend la tête de notre cordée. Il franchit le surplomb sommital et sort enfin du crux, la partie la plus difficile de cette ascension. Vers 18 h nous atteignons le sommet de la pointe Marguerita (4065 m). Le ciel se dégage, un peu comme pour nous saluer, mais c'est en fait le signe que le vent se lève. La poudreuse accumulée jusqu'alors commence à voltiger et à nous fouetter le visage, les averses de neige recommencent, non ce n'est pas fini…

La descente des Jorasses commence par 2 rappels suivis une traversée scabreuse pour rejoindre la brèche précédent la pointe Young. La nuit tombe. Christophe se rend compte que les piles de sa lampe frontale sont mortes. Il est aveuglé. Alors qu'il me rejoint à un relais de fortune, la neige se dérobe soudain sous son pied. Il tombe en avant, droit vers le précipice Italien. Heureusement le relais tient bon, et Christophe s'en sort avec quelques contusions. Ce rappel à l'ordre brutal n'était pas nécessaire pour nous crisper davantage. Pendant la remontée vers la pointe Young, le piolet de Christophe tombe dans le vide avec une énorme écaille : décidément il est temps de rentrer !

Il nous est très difficile de trouver notre itinéraire dans le brouillard, la tempête de neige et l’obscurité. Nous finissons par effectuer quatre rappels avant de déboucher sur les pentes de glaces inférieures au col des Jorasses. En deux longueurs, le refuge bivouac Canzio est atteint, il est 4h du matin le mercredi 22 mars. Nous réveillons Bertrand et Simon, cameraman et guide, qui nous attendaient pour faire des images. Alors que nous mettons les pieds dans le refuge le thé est déjà prêt…merci à eux. A 7 h nous sommes au lit pour quelques heures de sommeil réparateur, cela fait 26 h que nous sommes debout. Puis la décision est prise de redescendre au refuge de Leschaux, la météo reste mauvaise pour les prochains jours.

Christophe dans les longueurs mixtes à 350 m du sommet de la Verte
La décision…
 


Jeudi 23 mars, nous nous réveillons dans le refuge de Leschaux après treize ou quatorze heures de sommeil. Fourmillements dans les doigts, insensibilités, le constat est rude : ce sont des débuts de gelures aux premières phalanges. Pourtant nous voudrions bien finir cette œuvre commencée voilà 9 jours. A ce stade, il nous manque encore cette troisième face nord, cet équilibre fragile qui n'est obtenu que par ce chiffre magique : trois. Trois comme trois fleurs dans un bouquet, comme un triptyque, comme une trilogie… et aussi une sorte de point final, un point final magnifique qui a pour nom le Grand Pilier d'Angle au Mont-Blanc.

Et pourtant ? Des débuts de gelures, la fatigue, des potes qui vous disent d'y aller mollo, un temps qui ne s'améliore pas, la montagne qui n'est pas en condition, le seul plaisir finir de tourner les images d'un prochain film… tout nous pousse à arrêter, arrêter avant de s'engager sur un chemin…de non-retour ?

Une chose nous paraît claire aujourd'hui, continuer aurait été de la pure mégalomanie. Et en alpinisme le mégalomane est voué à l’échec. Alors vendredi 24 mars, nous avons décidé de redescendre dans la vallée. Nous savourerons le chemin parcouru et, une fois n'est pas coutume, de se dire : OK, ce n'est pas une trilogie, mais l'enchaînement que nous venons de réaliser est déjà magnifique, il se suffit à lui-même. L'Enchaînement Royal est maintenant dans notre cœur. La tempête vient de souder solidement notre amitié et notre cordée. Nous avons su renoncer avant qu'il ne soit trop tard, nous accorder, et cela reste de bon augure pour notre projet Shining Wall dont l'Enchaînement Royal n'est finalement que la première pierre.


Nous ramenons également de superbes photos prises d'hélicoptère par le photographe Pascal Tournaire, ainsi qu'une série de notre appareil au cœur de l'action ! Les images tournées avec Migoo en prévision du film sont aussi dans la boîte.

Remerciements sincères et chaleureux à tous ceux qui nous ont soutenus de près comme de loin, Gilles, Pascal, Bertrand, Simon, Arnaud, Tulio, Did & Co, les Grenoblois, Claude, Patrick, Lafuma, Petzl, Tirawa, Béal, Scarpa, Crispi, FFME, Primus, Les Deux Ponts.

Rendez-vous en mai pour le prochain épisode : "Le retour du Moose", Denali Alaska.

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