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>>> ETAPE 2 : «RETOUR A MOOSE'S TOOTH», mai 2006, massif du Denali (Mc Kinley) - Alaska.
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Les détails de l'expé |
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Je raccroche le téléphone dépité : Christophe Moulin et Yann Bonneville ne peuvent pas se joindre à nous pour l’expédition. Nos 2 compères ont des obligations professionnelles indétronables, ils ne seront pas du voyage.
L’objectif est maintenu en direction de la gigantesque face Est du Moose’s Tooth, 1600 m de face verticale, un challenge hors du commun. Evrard Wendenbaum notre cameraman nous accompagne avec un de ses amis Olivier. Nous nous retrouvons finalement à 4.
>>> Pour voir la sélection des photos de la face Est du Moose's Tooth et du Cobra Pillar au Barrill, cliquez sur le portfolio. |
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L'approche |
Première nuit à Anchorage et 1 er « Taco Bell » en centre ville, la stratégie est à l’économie. La journée du lendemain est traditionnellement consacrée à l’achat de nourriture et de gaz, puis direction Talkeetna. Nous déposons nos 2 compères ainsi que le matériel et retournons à Anchorage rendre la voiture de location.
Pour revenir à Talkeetna 2 solutions : le shutlle ou le stop. Nous choisissons la solution la moins onéreuse. Il est minuit lorsque nous nous faisons arrêter par les « troopers » le jeune homme qui nous conduit alors avec son pote est en excès de vitesse. C’est la 4 ème personne qui nous prend. Nous galérons depuis le début, il est trop tard, le stop ne marche pas. Après 2 heures de marches au bord de la route en plein wilderness, un vieux routier façon ZZ Top nous prend dans son vieux truck et nous comprendrons plus tard que l’odeur insupportable d’alcool à 90° vient de fiole qu’il sniffe pour se tenir éveiller.
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Finalement, il est 6h du matin lorsque nous arrivons à Talkeetna, il nous aura fallu la nuit et 7 chauffeurs différents pour faire les 150 km qui séparent les 2 villes, nous sommes vanés…
Le départ pour le Buckskin Glacier est reporté d’une journée, la météo est médiocre ; l’occasion pour nous de croiser des alpinistes en partance, à l’image de Louis-Philipe Ménard très fort alpiniste québécois qui doit rejoindre son pote Max Turgeon pour la face sud du Dénali ou encore Steve House qui accompagne des clients en direction de la « Great Gorge ». L’attente à Talkeetna est ponctuée de bières et de jeux de fléchettes au fameux bar du West Rib.
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Le beau temps semble faire son apparition, nous partons… La face Est du Moose est toujours aussi impressionnante et spectaculaire.
Les montagnes sont chargés d’une importante couche de neige fraîche et certains pans de rochers hébergent de véritables forêts de champignons de neige.
A droite de la face Est, à droite de la ligne « Artic Rage » (la goulotte de Gilmore et Mahoney) se dessine une ligne de faiblesse évidente,une goulotte d’environ 1100 mètres qui débouche sur l’arête nord du Moose.
Un bel objectif avant de s’attaquer à notre face rocheuse située plus à gauche.
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Acte I / Essai #2 |
La stratégie est vite fixée : style alpin, léger et en non stop,afin de rester le moins de temps possible sous les champignons de neige qui menacent. Nous partons en fin d’après-midi et redescendrons 20 h plus tard, lessivés et dépités par des conditions de neige qui nous aurons privé de sommet. Notre tentative est avortée à cause de passages composés de neige inconsistante et improtégeable. La fatigue accumulée tout au long de l’ascension joue également un rôle dans notre décision de retraite. A l’arrivée sur le glacier, après une descente tourmentée, nous nous avouerons content d’être rentrer sain et sauf…
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Acte 2 / Essai #3 |
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Après une bonne nuit de repos, il est temps de s’attaquer à notre objectif principal : la face Est proprement dite. Cette face mythique dans laquelle nous avions pu ouvrir pas loin de 800 m d’un nouvel itinéraire avec l’équipe FFME en 2004. Notre équipe alors composée de Christophe Moulin, Benoit Chanal, Clouclou et moi avait très bien fonctionnée. Ce coup là, nous nous devions de terminer la voie.
J’attaque avec Alexis qui m’assure dans la tentative Bonnington / Chouinard, juste à gauche de notre tentative de 2004. J’arrive à faire assez rapidement 150m d’escalade en 6a/b sur du rocher médiocre, les relais en place de la tentative américaine sont les bienvenus. Nous sommes à l’Est et le soleil tape fort des coulées impressionnantes dévalent les couloirs situés sur notre gauche et notre droite. Des champignons de neige se détachent parfois à quelques mètres de nous.
La tension est insupportable et l’idée que ces bouchons de neige perchés au-dessus de nos têtes puissent nous percuter est de plus en plus prégnante.
Je redescends la peur au ventre, 1 fois de plus depuis le début de l’expédition, avec la certitude de ne pas remettre les pieds dans la face avant qu’elle ne soit définitivement débarrassée de ses ôtes indésirables.
Le lendemain Clouclou enlève les quelques cordes fixés, nous partageons le même sentiment, le danger est trop important. Nous n’avons pas le droit de nous exposer sous ces épées de Damoclès. Retour à la tente, nous sommes assommés, l’objectif semble définitivement s’éloigner, nous décidons de changer de cap. |
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Acte III / Essai #4 |
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L’avion revient nous chercher, nous partons de l’autre côté du Moose, dans la « Great Gorge » ou « Ruth Gorge », à l’atterrissage, le spectacle est saisissant.
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L’ampleur du glacier et des montagnes qui le bordent est incroyable, magnifique et les possibilités d’ascensions infinies. Notre camp de base est situé à côté du Mount Barrill et de son massif pilier : le Cobra Pillar.
Des américains dont le camp de base est situé non loin du nôtre s’en vont. In extremis, nous faisons une photo numérique de leur topo et de ce fameux pilier du Cobra. Demain nous essayerons d’y mettre les mains.
C’est notre 3ème tentative depuis le début du voyage, le sort semble s’acharné, mais notre esprit de cordée reste indéfectible et les 2 amis qui nous accompagnent sont vraiment agréables à vivre. Evrard fait des images photos et videos entre 2 sessions de kite surf le long des étendus immenses de la Great Gorge.
Chacun trouve son équilibre au milieu de ces montagnes surréalistes.
La 1 ère partie de l’ascension est pénible, le rocher est mauvais, les longueurs parfois difficiles. Le granit granuleux fait rapidement place à de gros blocs enchâssés auxquels il faut prêter une grande attention.
Les fissures cheminées côtées 5a nous réveillent plus que d’accoutumée. Presque 2 heures sont nécessaires à Aymeric pour venir à bout d’une longueurs de 60m en offwidth (fissure plus large que le poing). Il n’a qu’un friend 4,5 pour faire l’intégralité de la longueur et mes chaussons qui ne sont pas à sa taille lui font presque venir les larmes au yeux. Le pilier du Freney que nous avions gravi ensemble il y a quelques temps fait pâle figure à côté des difficultés rencontrées au Barrill.
Après 2 heures de repos nous continuons l’ascension, cela fait déjà une grosse journée que nous grimpons. Les 2 belles longueurs de rochers compactes que nous venons d’effectuer font place à du rocher brisé, difficile à protéger, des passages qui demandent une attention de chaque instant. Nous grimpons par bloc de 4 longueurs. |
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Aymeric reprend la tête pour celle qui devrait être la dernière longueur technique. Sur le topo, un petit signe « Bat Hooks ». Crochets chauves-souris ou crochets pour trous forés de moins de 6 mm. Ces crochets nous ne les avons pas… Aymeric essaie à gauche, à droite. Nous sommes tout prêt du sommet, un couloir de neige nous attend à la descente. Impossible de passer sans. Une fois de plus nous serons privé de sommet. La descente en rappel s’annonce longue et laborieuse.
Nous prenons notre mal en patience et finissons par arriver au camp de base, déçu de ne pas avoir foulé le sommet du Barill qui n’a pas voulu de nous mais très heureux d’avoir pu réaliser cette ascension difficile, organisée au dernier moment. |
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Epilogue |
L’avion doit venir nous chercher d’ici peu. Nous quittons l’Alaska avec un sentiment mêlé : celui de ne pas avoir pu faire le sommet tant convoité et celui d’avoir fait un grand pas dans notre progression d’alpiniste.
L’ampleur des faces, les contraintes du style alpin, l’absence de nuit, l’isolement et l’engagement sont autant de facteurs qui nous auront boostés dans notre approche de la montagne et des expéditions. A la différence du modèle manichéen de nos sociétés qui réclament un gagnant et un perdant, un vainqueur et un vaincu, l’alpinisme montre bien qu’une fois de plus il s’affranchit de cette caricature pour offrir une palette de sentiments toujours plus riches et nuancés. |
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Remerciements sincères et chaleureux à tous ceux qui nous ont soutenus de près comme de loin, sans oublier nos sponsors :
Lafuma, Tirawa, Julbo, Petzl, Scarpa, Crispi, Béal, Les Deux Ponts, Primus et la FFME.
Rendez-vous à l'automne pour la prochaine expédition :
"Menlungtse", Himalaya Tibet.
>>> Pour voir la sélection des photos de la face Est du Moose's Tooth et du Cobra Pillar au Barrill, cliquez sur le portfolio. |
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