Logo Shining Wall
Le Méridien des Ecrins
 


>>> LE MÉRIDIEN DES ÉCRINS : Traversée dans l'axe Nord- Sud du Massif des Ecrins, France,
du 24 Septembre au 5 Octobre 2008 par les faces Nord :


puce  Cette traversée transformée en réalité est redevenu un rêve

En remontant dans le vallon de Bonnepierre chercher nos affaires de bivouac avec Aymeric, les souvenirs se télescopent et les sentiments semblent contradictoires. Nous ne sommes de retour de notre périple que depuis quelques jours et pourtant nous redécouvrons la face nord du Dôme des Écrins, comme pour la première fois.

Le fantasme de cette traversée transformé en réalité est redevenu un rêve. Notre court voyage, qui nous a semblé si long et nous habite si profondément, ne restera qu’un passage insignifiant à l’impact invisible sur cette nature qui nous dépasse.

Pourtant, cet enchaînement imaginé, souvent espéré, plusieurs fois tenté, nous l’avons fait. Comme souvent il n’a pas été possible de suivre le texte initial au mot à mot et l’écriture du parcours s’est faite au jour le jour. La nature et la fatigue ont ramené nos ambitions souvent trop orgueilleuses à la réalité des conditions d’évolution, nous rappelant par là même à notre condition de pauvres mortels.

 

puce  Nous ne partons pas pour une ascension, mais pour huit...

Dés le début, la montagne nous suggère une ligne en forme de Z, nous la suivons. Impossible de livrer toutes nos forces dans un itinéraire « technologique » aux conditions précaires. Nous ne partons pas pour une ascension, mais pour huit et la Meije ne représente que le début.

  Meridien des Ecrins / Aymeric Clouet
 

Meridien des ecrins

 

La longue trace pénible pour arriver au pied de la
belle face nord, la descente par la voie normale
dans un brouillard insondable et la traversée par
la brèche des Chamois privée de visibilité,
nous
occupe largement pour la première journée, ne nous
faisant pas regretter un itinéraire plus prestigieux au
cœur de sa « Meijesté ».

La chaleur des amis au refuge du Pavé associée
au 20 kilos de victuailles sur la table suffisent à nous
remettre en selle. En face de nous, dans les nuages,
la Face Nord de Roche Méanne au rocher suspect,
saupoudrée de neige, nous prive comme à la Meije
d’une escalade rocheuse.

Le couloir du diable, transformé en goulotte praticable,
permet de nous faire basculer de l’autre côté vers le
refuge d’Adèle Planchard sans sommet.

puce   Economie d’énergie pour cette longue traversée

Comme pour la Roche d’Alvau et le pic de Bonvoisin, les cimes nous échapperont au profit de la logique de l’itinéraire et d’une économie d’énergie liée à la longueur de la traversée.

Dans le versant nord de la Roche d’Alvau, la goulotte
« Lancebleu » n’est pas formée, le couloir de la brèche de la Somme à la résonance peu glorieuse et que nous imaginons skiable en bonnes conditions, nous demande une vraie concentration, particulièrement sur le tapis roulant de pierres de la dernière partie.

Au col, le contraste entre la froidure du versant nord et l’accueillante chaleur du sud est saisissante, même si nous découvrons, inquiets, la face nord du Dôme des Écrins.

  Christophe Meridien des Ecrins



Meridien des ecrins

 


La glace est trop rare dans les zones de faiblesse et la neige
présente sur le rocher. Nous révisons notre copie en espérant
qu’une des voies les plus classiques, la Mayer Dibona, nous
laisse furtivement passer.

Nos amis, accompagnés du ravitaillement nous rejoignent avant
de disparaître, nous laissant seuls avec Aymeric pour un
bivouac sauvage mais confortable
. La goulotte du bas est
minimaliste et technique, puis l’ascension s’effectue corde
tendue et quelques heures après une erreur d’itinéraire soldée
par un rappel de 50 mètres, nous laissons notre joie éclater
au sommet.

Moment de grâce et de bonheur intense partagé avec Aymeric
rapidement mêlé à la découverte angoissée de la face nord
d’Ailefroide.
La descente de la brèche Lory en plein soleil sous
la menace d’éventuelles chutes de glace ou de pierres n’est pas
très agréable et l’arrivée au refuge de Temple Ecrins est salvatrice.
Mes pieds sont douloureux, les ongles de mes gros orteils sont
noirs, chocs répétés, chaussures trop petites...
Par chance
demain c’est RTT.

Affûtage, étirements, récupération, analyse des topographies,
les gestes indispensables se répètent et s’affinent depuis
quatre jours.
Aucune contrainte de temps ne nous accule et
cette odyssée des Écrins est aussi l’occasion pour nous d’une
véritable découverte du massif dans la jouissance d’un rapport
au temps et d’une contemplation particuliers.

Chaque jour nous prenons un peu plus la mesure de notre
environnement.

 
puce  Les pieds résistent, notre expédition continue...

L’approche du glacier de Coste Rouge est un parcours du combattant. Aucune difficulté si ce n’est la progression elle-même sous cette pierraille inconsistante. Gervasutti lui-même s’y était brisé les côtes avant d’y ouvrir son célèbre itinéraire avec Lucien Devies.

Les coulées de neige canalisées par plus de 1000 mètres de face nord nous font sérieusement douter dès les premières longueurs. Un tunnel salvateur creusé au piolet permet de m’éviter un passage précaire. Aymeric prend le relais dans la seconde partie de la face, la plus technique avant de nous perdre ensemble dans la barre rocheuse qui raye les deux plaques de glace.
Pas moins de six longueurs de mixte raides et délicates tout juste protégeables dans un itinéraire dont nous ignorons encore le nom, nous propulsent sur la seconde plaque de glace. Une longue et belle journée qui se terminera avec les amis au refuge de la Pilatte, péniblement gagné après deux longues heures d’errance en pleine nuit, malgré les conseils avisés du maître des lieux Pierre Rizardo, joint par téléphone satellite.

Le lendemain le temps est maussade et le doute refait son apparition en même temps que l’annonce de prévisions météo perturbée.

Sans une trace sur le glacier des Bans, notre saute-moutons céleste s’étire inexorablement vers le sud, de refuge en refuge. Le couloir Nord et la traversée des Bans sont rapidement avalés tandis que nous poursuivons vers le refuge unique lieu de repos de cette traversée en haute-mer à l’horizon contrasté.

 

Meridien des ecrins

 

Meridien des ecrins

 

Partis à la hussarde, notre organisation n’est pas sans faille et le ravitaillement trébuche. Vingt heures de
jeûne au refuge des Bans nous contraignent à un furtif
passage à Vallouise le temps de nous repaître d’une
essence vitale que l’on ne trouve que dans les
boulangeries et autres restaurants.

Par chance la journée est moche, nous sommes sous
une pluie fine, il neige en haut. Retour aux Bans, la
motivation est un peu altérée, le fil sur lequel nous
évoluons est mince et les organismes commencent
à être éprouvés.

La brèche de la Bruyère peu fréquentée nous permet de basculer de l’autre côté de la montagne,
accompagnés de paysages souvent fascinants,
toujours différents.

 

Meridien des ecrins


Puce   Notre parcours n’est un exploit qu’à nos yeux

Une fois de plus, les conditions médiocres associées à
l’absence de topos, nous privent de sommet. Au refuge de
Vallon-Pierre, les randonneurs et alpinistes sont au rendez-vous. Pour une fois le refuge est plein. Des randonneurs arrivés trop tard sont obligés de faire demi-tour. Pour couronner le tout, une cordée à le même objectif que nous, l’arête nord du Sirac. Cette nouvelle nous réjouit plus qu’elle ne nous attriste, nous sommes en manque d’échanges de sourire et de partage.
A l’image du reste de la traversée le Sirac est recouvert d’un fin linceul de neige, ralentissant notre ultime effort.
Les heures qui nous rament au plancher des vaches et au gîte du Pré de la Chaumette nous coûtent cher et ne nous font que plus savourer la présence des proches à l’arrivée. Belle surprise et moments de vie intenses qui s’inscrivent de manière bien plus profonde et durable que n’importe qu’elles images photos ou vidéos.
Notre parcours n’est un exploit qu’à nos yeux et ne
représente en lui-même pas grand chose.
C’est le temps parcouru au cœur de cette nature intacte et les sensations que nous y avons trouvées qui lui confèrent
de la valeur et qui méritent d’être partagées.

Meridien des ecrins
  Méridien des ecrins
 
Parcours Google Earth du Meridien des ecrins

 

Puce  Les faces Nord du méridien

 - La Meije (3 983 m)
- La Roche Méane (3 712 m)
- La Roche d’Alvau (3 537 m)
- Le Dome des Ecrins (4 015 m)
- Ailefroide (3 954 m)
- Les Bans (3 670 m)
- Le Pic Bonvoisin (3 481 m)
- Le Sirac (3 441 m)

>>> Découvrez les faces
en cliquant sur l'image
pour ouvrir le fichier
avec Google Earth.




Une fois encore, remerciements sincères et chaleureux à tous ceux qui nous soutiennent, sans oublier nos sponsors :
Lafuma, GORE-TEX, Territorial Groupe, Julbo, Petzl, Béal, La Ville de Grenoble, Scarpa, La Sportiva, Dynastar, Racer, Rêves de Cîmes, Tirawa, Primus et la FFME.

Rendez-vous pour la prochaine étape :
"Le Gasherbrum IV" reste l'objectif final avec l'ascension du "Shining Wall", mais le projet pourrait encore être ponctué de quelques étapes intermédiaires de préparations...

>>> Pour voir la sélection des photos du Méridien des Ecrins,
cliquez sur le portfolio.

 

Portfoli Meridien des Ecrins

Portfolio Meridien des Ecrins
 
Tous droits réservés © 2006 - 2009
Portfolio Meridien des Ecrins Switch to the english version Retour aux news